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A la découverte de la librairie Saint-Augustin avec Yasmina Cordonier

A St-Maurice, la librairie Saint-Augustin, qui fête ses 120 ans cette année et dont la responsabilité a été confiée il y a un peu plus de dix ans à Yasmina Cordonier, est organisée sur deux étages, l’un généraliste et l’autre dédié à la religion et à la spiritualité. Rencontre avec la libraire pour évoquer son métier et ce lieu, situé à deux pas de la gare, et chargé d’histoire.

Au rez-de-chaussée, outre les nouveautés mises en évidence, la littérature jeunesse, qu’il s’agisse de fiction ou de documentaires, d’albums, de séries, de BD ou de mangas, ainsi que la pochothèque de littérature classique sont mises en avant, tout comme l’histoire, la philosophie ou la poésie. On y trouve aussi certains ouvrages récents susceptibles d’être ensuite classés au premier étage, dans l’espace en lien avec la religion catholique, les autres religions ou la spiritualité. Cet espace rassemble une offre spécialisée, avec également une large sélection de livres, entre autres pour la jeunesse. Certains clients évoluent d’un étage à l’autre sans établir de frontière.

Yasmina Cordonier, originaire de Chermignon, a effectué son CO à Crans-Montana. Cependant, la librairie n’a pas immédiatement fait son entrée dans sa vie après la fin de l’école obligatoire.


INTERVIEW

Yasmina Cordonier, comment vous êtes-vous orientée vers le métier de libraire?

Par pur hasard, mais un hasard heureux. A l’adolescence, je ne savais absolument pas vers quel domaine m’orienter. J’ai d’abord fait l’école ménagère, toutefois mes parents souhaitaient que je poursuive des études. A l’école privée des Buissonnets, j’ai donc suivi une formation dans l’esprit Montessori qui m’a permis d’obtenir un baccalauréat français. Toujours sans envie précise, j’ai enchaîné différents petits boulots. Un jour, une personne avec qui j’avais fait ma formation m’a dit qu’elle avait tout de suite pensé à moi en apprenant qu’une librairie à Sion proposait une place d’apprentissage. Et là ça a fait tilt. Enfant, j’adorais aller à Sierre avec ma maman à la librairie, me sentant tellement bien au milieu des livres.

Que s’est-il alors passé?

Françoise Berclaz-Zermatten, de La Liseuse, m’a engagée. Avec mon bac en poche, j’ai pu décrocher le CFC de libraire en seulement deux ans. A l’époque, les entreprises venaient débaucher les apprentis et l’OLF, fournisseur de livres, m’a offert une place de travail. J’ai toutefois vite compris que l’univers de gestionnaire de livres n’était pas le mien. Françoise Berclaz-Zermatten m’a alors réengagée dans sa librairie. J’y ai travaillé avec bonheur pendant des années. A un moment donné, je me suis inscrite à l’Université à distance et j’ai obtenu un bachelor en histoire. J’ai alors envisagé une reconversion professionnelle, avant de comprendre que j’étais vraiment libraire dans l’âme, même si c’est un métier pas forcément simple, étant à la croisée d’enjeux culturels et commerciaux, et physique, car le papier pèse lourd, ce qui surprend un peu les stagiaires au départ.

Comment êtes-vous devenue responsable de la librairie Saint-Augustin?

Ayant travaillé seulement à La Liseuse, j’avais envie de voir autre chose. Quand j’ai su que la librairie Saint-Augustin cherchait quelqu’un comme responsable, j’ai estimé que ce pourrait être un joli défi.

Quelle est la coloration de cette librairie?

Avec son histoire et son positionnement dans l’ensemble du groupe Saint-Augustin, dont le slogan est «Porteur de sens», la librairie possède clairement une coloration propre. J’ai bien sûr apporté ma touche, à laquelle s’ajoute celle de l’ensemble du personnel. Il y a de plus la nuance associée à notre clientèle et à la région.

Le fonctionnement de la librairie «d’en bas» et «d’en haut» est-il identique?

Oui et non. Les deux religieuses qui se relaient pour le conseil spécialisé sont principalement au premier étage, tandis que je suis essentiellement au rez-de-chaussée. Nos temps forts ne sont pas les mêmes, sauf à Noël.

Enfant et adolescente, quel était votre rapport aux livres ?

J’ai toujours aimé lire à la maison. A l’école, je me souviens encore des histoires que nous lisions en 3-4H. Après ces degrés, les livres sont devenus moins présents en classe. Heureusement, ma maman lisait et lit encore énormément, donc je n’ai jamais perdu le goût de la lecture. A l’époque, il n'y avait pas seulement les Martine, que je détestais, car elle était bonne en tout, mais aussi des livres un peu différents, comme Clémentine veut sa liberté. Très vite, j’ai dévoré les romans policiers d’Agatha Christie et les livres de témoignage. Malgré mon parcours scolaire chaotique, je n’ai jamais quitté la lecture. Lire est pour moi une évasion et un plaisir.

«Lire est pour moi une évasion et un plaisir.»
Yasmina Cordonier

Aujourd’hui, vous définissez-vous comme une libraire-lectrice?

Depuis Sion où j’habite, il m’arrive de prendre le train RegionAlps pour avoir plus de temps pour lire. A chaque rentrée littéraire, j’ai la crainte de ne plus ressentir de coups de cœur, cependant un livre passionnant m’amène vers un autre et c’est sans fin. Bien sûr, il y a les livres que le lis en entier et ceux, plus éloignés de mes centres d’intérêt, dont j’ai une petite idée ou que j’ai simplement feuilletés. Les libraires doivent constamment se tenir informés des nouvelles publications en lisant les journaux et les magazines. En parcourant les rayons, j’adore prévoir les réassorts.

Une curiosité grand-angle est-elle indispensable dans votre métier?

Oui, surtout si l’on travaille dans une petite librairie. Dans les grandes enseignes, chaque libraire devient l’expert d’un secteur. Toutefois, il ne suffit pas d’être curieux et d’aimer lire, encore faut-il savoir partager en communiquant. C’est un métier qui nécessite avant tout d’aimer le contact avec les gens.

Le conseil est-il important dans votre activité?

Je conseille les clients qui le souhaitent. Quelques-uns choisissent leurs livres en fonction de mes recommandations ou en se fiant aux commentaires glissés dans certains livres.

Dialoguez-vous avec les enseignants des écoles obligatoires, du collège et de la HEP-VS?

Principalement avec des professeurs de français et d’histoire du collège et de l’école préprofessionnelle. Ces échanges sont toujours riches.

Pourquoi n’y a-t-il plus de rayon «pédagogie»?

J’avais auparavant notamment des livres des éditions De Boeck ou ESF Sciences Humaines, mais la demande pour ces ouvrages a progressivement diminué jusqu’à disparaître complètement. Si un nouveau lecteur s’intéressant à la pédagogie venait ici, il repartirait déçu de ne rien trouver, ce que je regrette, d’autant plus que la librairie est proche de la HEP-VS.

Concernant la littérature jeunesse, n’est-elle pas quelquefois un peu trop sombre?

Les sujets abordés dans certains livres s’avèrent en effet parfois surprenants, car beaucoup d’éditeurs veulent un ancrage fort dans des problématiques lourdes, alors que les jeunes auraient à mon avis besoin, et encore plus dans la période actuelle, d’espérance. Par choix, je ne propose pas de dark romance dans les rayons, même s’il y a des âges indiqués. Bien sûr, ces livres peuvent être commandés.

Quel est votre contact avec les enfants et les adolescents qui viennent à la librairie?

J’aime tout particulièrement la relation avec les enfants accompagnés de leurs parents ou de leurs grands-parents. C’est assez fantastique d’observer l’évolution des choix en grandissant, certains d’entre eux devenant de grands lecteurs. Les adultes qui achètent des livres pour des enfants ou des adolescents demandent souvent des recommandations, préférant éviter certains sujets sensibles ou, à l’inverse, souhaitant que l’histoire aborde spécifiquement l’un d’eux en fonction d’une situation de vie précise. En librairie, nous savons quelles maisons d’édition sont plus sécures que d’autres.

Selon les médias, les jeunes semblent en quête de spiritualité. Percevez-vous cette tendance?

Alors qu’on pensait que ce domaine ne les intéressait plus, on constate un regain d’intérêt. Des collégiens de 15 ans recherchent des livres de spiritualité pour trouver des réponses face aux incertitudes du monde.

Pourquoi la librairie Saint-Augustin se distingue-t-elle en accordant une attention particulière au rayon «histoire»?

Parce que certains enseignants sont demandeurs et aussi parce que ce domaine m’intéresse énormément. J’ai l’impression que c’est un secteur de plus en plus délaissé un peu partout, alors qu’il est essentiel pour comprendre le monde dans lequel nous vivons et pour entrer dans l’univers de la littérature.

Organisez-vous des événements autour des livres?

Il y a peu, un atelier a permis la découverte des livrets Regards intérieurs sur les lettres hébraïques. La librairie propose régulièrement des rencontres avec des auteurs. Récemment, il y a eu celle avec Natacha Farquet, Marie Javet et Manuela Gay-Crosier, ou avec Aline Desarzens, venue parler de son livre Le secret de Thyrcée, dont une partie de l’intrigue se déroule à St-Maurice. Dans le cadre de Lire entre les lignes, Jean-Paul Rouiller anime des conférences le soir, où la littérature éclaire l’actualité. La librairie est également active sur les réseaux sociaux, alternant entre des publications généralistes et spécialisées.

Votre activité a-t-elle évolué au fil des ans?

J’ai vraiment la sensation que tout s’emballe. Quand je parle avec des représentants, je crois que nous sommes tous pris dans cette frénésie sociétale. Avec les réseaux sociaux, un livre en chasse un autre. Si nous devons retourner certains livres assez rapidement, c’est pour des questions de production, mais aussi, on ne va pas se mentir, de trésorerie. Après Noël, je garde quelques beaux livres, tout en sachant que je vais avoir de la peine à les vendre.

Qu’est-ce qui vous motive le plus dans votre métier?

Ce qui me plaît, c’est le dialogue avec les clients, car entrer dans une librairie, c’est s’autoriser une certaine lenteur et profondeur. St-Maurice est une petite ville, aussi il y a une dimension sociale très conviviale que j’apprécie. Snobisme à l’envers, j’aime travailler en librairie, car on y découvre des sujets dont on parle rarement dans les médias ou sur les réseaux sociaux. Il m’arrive de lire des livres ayant peu de lecteurs et pourtant sublimes. Quelquefois, ce sont des clients qui m’ont parlé de ces pépites, car la lecture est «partage» et mon métier «communication».

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Yasmina Cordonnier

Le surgissement de l’IA dans les livres vous inquiète-t-il?

Pour l’heure, l’humain nourrit l’IA, donc elle dépend de lui. Quant aux livres papier, ils sont toujours là, malgré les prédictions de leur disparition. Les livres numériques et audio ne les ont pas remplacés. Cependant, les librairies traversent actuellement une période délicate.

Auriez-vous un souhait à émettre pour l’avenir?

J’aimerais que tout le monde ose franchir la porte d’une librairie ou d’une bibliothèque, les deux étant complémentaires, et y farfouiller. Pour le volet «librairie», avoir quelques livres à soi, reçus en cadeau ou choisis, afin de se constituer sa propre bibliothèque, me semble essentiel, car c’est une belle manière de se raconter.

Propos recueillis par Nadia Revaz


DES IDÉES DE LECTURES POUR ÉLÈVES ET ENSEIGNANTS

Arbres légendaires

Un superbe livre pour découvrir vingt arbres parmi les plus fascinants du monde et leurs légendes.

Chris Lavaquerie-Klein (texte), Laurence Paix-Rusterholtz (texte) et Orane Sigal (illustrations) in Arbres légendaires (Nathan, 2025)

 

 

Mon ami, le lion

Auteur et illustrateur valaisan, Patrick Dolt avait déjà, avant cette histoire d’amitié, signé un livre intitulé La petite fille dans les nuages. A lire absolument.

Patrick Dolt in Mon ami, le lion (WeberVerlag, 2025)

 

 

L librairie communaute marais

La Communauté du Marais

Ce roman animalier peut se lire séparément, même si le deuxième tome va suivre prochainement.

Mélanie Guyard (texte) et Timothée le Véel (illustrations) in La Communauté du Marais Tome 1 – L'odyssée d'octobre (Flammarion Jeunesse, 2025)

 

 

 L librairie les amoureux

Amoureux

Dans cette collection, il y a déjà eu un album intitulé Maman, un autre Papa et un autre encore Grands-parents.

Hélène Delforge (texte) et Quentin Gréban (illustrations) in Amoureux (Mirjade éditions, 2026)

 

 

L librairie Cornebidouille

Non Cornebidouille, pas mon doudou!

Une collection plébiscitée par les enfants. Avec Cornebidouille, La vengeance de Cornebidouille, etc.

Magali Bonniol (illustrations) et Pierre Bertrand (texte). Non Cornebidouille, pas mon doudou! (L’école des loisirs, 2025)

 

 

 L librairie le secret

Le secret

Le commentaire de la librairie relatif à cet album est plus qu’incitatif, puisqu’il n’est composé que d’un seul mot: «Magnifique!».

Makiko Toyofuku in Le secret (Qilinn éditions, 2026)

 

 

L librairie ecureuil

Honoré: l'écureuil qui refusait d'aider

La collection «Une Parole pour grandir» se décline en quatre albums.

Dominique Pérot-Poussielgue (texte) et Anastasia Wessex (illustrations) in Honoré: l'écureuil qui refusait d'aider (Emmanuel Jeunesse, 2024)

 


L librairie mythologie

Le fabuleux livre de la mythologie

L'univers fascinant des récits et légendes mythologiques!

Stella Caldwell in Le fabuleux livre de la mythologie: 20 mythes du monde entier (Deux Coqs D’Or, 2025)

 

 

L librairie avec grands livres

Avec les grands livres

Les grands livres sont des livres qui nous font grandir. Un livre pour aimer et faire aimer les classiques de la littérature.

Emmanuel Godo in Avec les grands livres – Actualité des classiques (Editions de l’Observatoire, 2025)


EN SAVOIR PLUS 

Commandes de livres en ligne.

Editions Saint-Augustin (parmi les livres récents: 120 paraboles de vie pour aujourd'hui de François-Xavier Amherdt)

Editions Pillet (parmi les livres récents: Et si c'était un TDA/H? – Témoignages de Romands atypiques, mais pleins de ressources de Caroline Mauron)

Librairie Saint-Augustin - Religieux, jeunesse, papeterie, général