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L’école de demain imaginée par Soanne Da Silva, élève à l’ECG de Monthey

Soanne Da Silva, âgée de 16 ans, est élève à l’école de commerce et de culture générale de Monthey, en 1re ECG bilingue. Tout en précisant apprécier globalement l’ECCG telle qu’elle est, elle a accepté de dessiner sa version de l’école idéale. Dès les premières minutes d’échange, on ne peut qu’admirer la richesse et la finesse de son analyse.

Après son école primaire à Muraz, Soanne Da Silva est allée au CO de Collombey-Muraz. Elle effectue une année au collège de Saint-Maurice, avant d’opter pour l’ECG, école qui correspond mieux à sa personnalité.

Soanne Da Silva  est enthousiaste à l’idée qu’une revue destinée aux enseignants
donne régulièrement la parole aux élèves.

INTERVIEW

Soanne, quelle a été votre relation à l’école depuis le primaire?

De nature curieuse, j’ai toujours aimé apprendre. Grâce à mon père, en entrant à l’école, j’avais déjà des bases et donc de grandes facilités. Le problème, c’est que pour rester motivée, je dois absolument me sentir bien dans mon environnement. Au collège de Saint-Maurice, la pression des notes était trop forte pour moi. A l’ECCG de Monthey, avec moins de stress, j’ai retrouvé le plaisir d’apprendre.

Si vous pouviez dessiner l’école du futur, modifieriez-vous l’architecture scolaire?

L’architecture d’une école est selon moi capitale, sachant qu’elle peut avoir un impact sur l’épanouissement des élèves, du moins chez ceux sensibles à cette dimension. Certains bâtiments scolaires, très gris et trop droits, font penser à des prisons, alors qu’ils devraient être accueillants au premier regard. A l’intérieur, il me paraît primordial d’apporter de la lumière et de rendre les espaces vivants. Par exemple, j’aime beaucoup aller réviser à Casa Nova, centre culturel situé juste à côté de l’ECCG, car c’est bien décoré, avec des plantes, et surtout des couleurs et des formes différentes. L’ambiance y est chaleureuse, donnant envie d’étudier et en plus le bâtiment abrite la Médiathèque, aussi les élèves qui s’y rendent ont plein de livres à portée de main. C’est presque devenu mon troisième lieu de vie, après la maison et l’école. Que ce soit au primaire, au CO ou au secondaire II, je m’inspirerais de Casa Nova pour envisager l’architecture scolaire. Une grande partie de notre vie se déroule à l’école, donc il serait logique d’inclure l’imaginaire des élèves dans la conception des bâtiments.

Modifieriez-vous les horaires scolaires?

A une période, j’avais des soucis de sommeil. J’ai alors mené des recherches sur internet, découvrant à cette occasion que les horaires scolaires étaient en décalage par rapport à l’horloge interne des adolescents. Dans les écoles où les cours débutent plus tard, les performances scolaires sont meilleures, dès lors pourquoi ne pas changer les habitudes? En même temps, il faudrait éviter de trop condenser les contenus des cours et de vouloir réduire les pauses. Les proportions entre les deux, essentielles au niveau de leur impact sur les apprentissages, ne sont déjà pas toujours bien respectées. A l’ECCG, j’apprécie les horaires hebdomadaires variés, qui me permettent de disposer de temps libre certains après-midi. Ainsi, ma vie ne se résume pas à l’école, me laissant la possibilité d’apprendre d’autres choses dans d’autres lieux.

Certaines branches scolaires mériteraient-elles d’être supprimées?

Je ne vois pas de branches inutiles au point de les supprimer. En mathématiques, j’ai toutefois l’impression que le programme est trop dense et que, si des élèves décrochent, c’est parce que les bases n’ont pas été construites avec suffisamment de solidité.

Le poids des branches est-il approprié ?

Même si on est en Suisse, pays où l’allemand domine, je suis d’avis qu’il n’est pas judicieux de faire figurer cette branche parmi les disciplines principales. Beaucoup d’élèves rencontrent des difficultés avec les méthodes proposées pour apprendre cette langue, aussi selon moi le poids de cette note est trop pénalisant.

Ajouteriez-vous une branche au programme?

Pas particulièrement, mais je reprendrais le principe des branches à option du collège que j’intégrerais à l’école obligatoire. Je trouverais très sympa d’avoir une heure par semaine un cours sur un sujet que j’ai choisi et qui me passionne.

Quelle option choisiriez-vous?

Les arts visuels pour développer l’imagination et découvrir différentes techniques.


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L’école devrait davantage développer
l’esprit critique des élèves

Soanne Da Silva

Dans l’école de demain, sur quoi devrait-on insister ?

L’école devrait davantage développer l’esprit critique des élèves. J’apprécie de pouvoir échanger avec des adultes et des jeunes ayant d’autres avis que le mien, car cela me permet de faire évoluer mon point de vue. A l’ECCG, on débat un peu dans certains cours, mais ce pourrait être plus fréquent. L’école devrait aussi se préoccuper du bien-être émotionnel des jeunes, tout comme elle le fait pour l’alimentation et l’exercice physique.

Qui prendrait en charge cette tâche?

Peut-être les médiateurs. Si je pouvais décider de tout, je formerais la direction et les médiateurs aux problématiques actuelles de santé mentale rencontrés par les jeunes et par les enseignants, ces derniers subissant également beaucoup de pression.

Si vous deviez décrire l’enseignant idéal, quelles seraient ses qualités?

Pour le portrait idéal, je mélangerais les profils de plusieurs enseignants que j’apprécie cette année. Mon prof de géographie pourrait en partie servir de modèle, car en laissant place à nos questions, il parvient à susciter notre intérêt à tous ou presque pour la matière. Pour exemple, ce semestre, tout en parlant de géopolitique suisse, on peut l’interroger à propos de l’actualité dans d’autres pays. Cela élargit notre compréhension du monde qui nous entoure, d’autant plus que tout est lié.

Quelle manière d’enseigner vous convient le mieux?

Je suis une adepte du «apprendre en s’amusant». Les profs qui m’ont le plus marquée sont ceux qui ont su rendre leur matière captivante, en n’hésitant pas à rire en classe. Certains élèves ont besoin de plus de rigueur et de drill pour apprendre, aussi c’est bien que tous les enseignants n’aient pas le même style, même s’il est possible d’être sérieux et drôle à la fois.

L’école devrait-elle davantage outiller les élèves aux stratégies pour apprendre à apprendre?

Au collège, il y avait des cours sur les méthodes d’apprentissage. A l’ECG, nous avons également abordé les stratégies pour améliorer la mémorisation. De tels cours mériteraient probablement d’être introduits dès le CO, d’autant que certains élèves ont de bonnes notes, mais ne savent absolument pas s’organiser de manière autonome et mémoriser à long terme. D’après moi, le plus urgent serait que chaque élève comprenne qu’il apprend pour lui-même et pas pour les autres.

Qu’est-ce qui alimente votre soif d’apprendre?

L’envie de comprendre. J’adore en savoir toujours plus sur tous les sujets. Je pourrais passer des heures et des heures à poser des questions, tant j’aime les «pourquoi».

Demain avec l’IA, cela fera-t-il encore sens d’apprendre?

Oui, et heureusement, car autrement la vie serait bien triste! A l’école, il est important d’intégrer ChatGPT comme un outil, mais en démontrant l’absurdité de tout vouloir lui déléguer. L’IA peut être utile comme un coach, mais pas comme un esclave qui fait tout à notre place, juste parce qu’on a la flemme.

Certes, mais comment valoriser la notion d’effort auprès de certains élèves?

En intégrant l’IA à l’école, mais pas partout et pas tout le temps, car autrement ce sera vite impossible de faire comprendre aux plus jeunes élèves que leurs efforts sont directement associés au plaisir d’apprendre. La difficulté sera de tenir un même discours entre l’école et la famille, de façon à pouvoir par exemple laisser les élèves terminer une rédaction à la maison.

L’école risque-t-elle de ne plus faire confiance aux élèves, en les suspectant systématiquement de triche?

C’est un risque majeur, mais la confiance est indispensable. L’école doit démontrer aux élèves l’importance de leur imagination. L’IA peut améliorer certains aspects d’un texte, mais notre intelligence créative nous distingue. Nous écrivons tous différemment, avec notre propre personnalité et nos émotions, contrairement à l’IA qui standardise tout.

Serait-il approprié d’intégrer plus d’apprentissages pratiques, comme le jardinage?

Ouverte d’esprit, je suis convaincue que tous les apprentissages, qu’ils soient théoriques ou pratiques, sont intéressants. Toutefois, j’estime qu’il serait dangereux de supprimer les savoirs plus académiques ayant fait leurs preuves.

Diriez-vous que l’école est suffisamment ancrée dans la société?

Absolument pas. Les jeunes subissent souvent un choc en entrant dans la vie active. Il s’agirait d’adapter l’école au monde du travail, ou inversement, mais en l’état le passage entre les deux est apparemment trop brutal. Un adolescent est un pré-adulte qui reste partiellement un enfant, ce qui rend l’orientation délicate et probablement trop précoce. Même si le système de formation suisse est bien construit, avec énormément de passerelles, je changerais l’approche de l’orientation pour qu’elle n’écarte pas les passions des élèves et soit plus dans une optique d’accompagnement. Avec de la motivation, de l’énergie, des efforts et de la persévérance, l’impossible est possible.

Du côté des moyens d’enseignement, y aurait-il des adaptations à prévoir?

Globalement, les moyens d’enseignement me semblent être de qualité, nous apportant les connaissances avec neutralité, sans imposer d’idéologie. Je suis d’avis qu’une grave erreur serait d’abandonner le papier qui permet de se construire une culture générale durable. En lisant sur papier, notre attention est concentrée, tandis que sur écran elle est dispersée.

«Je rêverais d'une école
ayant une autre manière d'évaluer.»
Soanne Da Silva

A plusieurs reprises, en filigrane, vous avez évoqué la pression des notes. S’agirait-il de modifier l’évaluation?

L’évaluation scolaire est totalement surfaite. En effet, on peut clairement tricher en donnant une fausse image de ce qu’on a compris et appris, juste pour passer un examen. Je suis persuadée qu’en repensant les choses, on pourrait, même au collège, apprendre mieux et avec moins de pression. Cette année, en cours de théâtre ma prof nous évalue en permanence et son approche me paraît judicieuse pour progresser constamment, car elle intègre par exemple des critères de motivation et de participation. Bref, je rêverais d’une école ayant une autre manière d’évaluer et mettant en avant les compétences de chacun.

Connaissez-vous vos talents ne figurant pas sur votre bulletin de notes?

Je crois pouvoir dire que je suis plutôt à l’écoute des autres, empathique et serviable, qualités en lien avec mon envie de devenir psychologue plus tard. J’aime l’idée qu’on se forge une personnalité avec ses forces et ses faiblesses et c’est pour cela que je ne juge pas les personnes que je peux rencontrer, convaincue de la richesse de nos diversités humaines.

Quelles pistes suggéreriez-vous pour favoriser le raccrochage scolaire?

Comme certains élèves se démotivent parce qu’ils ne perçoivent pas le sens de certaines parties du programme, il serait certainement approprié de parfois savoir s’en éloigner pour mieux y revenir. En classe, j’ai vu certains profs réussir à rendre des élèves décrocheurs soudainement plus participatifs et c’était juste magique.

Propos recueillis par Nadia Revaz


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