Au pays des archives scolaires, dans les pas de Florian Vionn
Florian Vionnet, archiviste-records manager aux Archives de l’Etat du Valais, dont la mission est à la fois administrative, historique et culturelle, s’occupe des archives de l’école valaisanne et donc par extension de celles du Service de l’enseignement. Son regard n’est pas celui d’un historien, mais d’une personne assurant la gestion de ces documents de notre passé. En lien avec la thématique du dossier, il a accepté de réunir plusieurs pièces parmi celles conservées aux Arsenaux.
INTERVIEW
Quels documents avez-vous choisis pour les lecteurs de Résonances?
J’ai sélectionné quelques documents de manière un peu arbitraire, sur une période s’étendant au-delà du XIXe siècle, car les sources avant le début du XXe sont plus rares. D’une part, certains documents n’ont pas survécu et, d’autre part, on produisait beaucoup moins.
Peut-on repérer des grands thèmes dans les archives en lien avec le domaine scolaire?
Parmi les principales thématiques, il y a les enquêtes scolaires qui permettent d’avoir une vision transversale de l’école à telle ou telle période, les moyens d’enseignement, les programmes, etc. Il y a aussi tout ce qui concerne les infrastructures ou les divers règlements.
A travers les archives du XIXe et de la première moitié du XXe siècle, quelle évolution de l’école perçoit-on?
Au XIXe siècle, l’école met en place des mesures sécuritaires et sanitaires. Certains bâtiments sont vétustes jusqu’à une période relativement récente. La santé est un aspect prioritaire de l’école. Un autre changement important concerne l’évolution du rôle de la religion. Plus largement, les archives institutionnelles montrent comment ce qui était géré au niveau communal, voire de manière privée, a été progressivement cantonalisé. Cette lente centralisation, relative tout spécifiquement à la formation des enseignants, aux infrastructures et au financement, rend souvent difficile l’étude globale de l’école valaisanne au XIXe siècle et au début du XXe siècle.
En effet, on y trouvait différentes réalités locales, parfois très variables d’un village à l’autre, ce qui implique pour les personnes à la recherche d’informations sur cette période de devoir fouiller dans les archives de certaines communes ou écoles. La lecture des sources doit toujours se faire avec un esprit critique et avec le souci de la contextualisation, car la vision des Archives de l’Etat est institutionnelle, c’est-à-dire qu’elle ne reflète pas tous les points de vue, notamment ceux des enseignants et des élèves. Ce n’est pas parce qu’un manuel a posé un cadre que tout le monde l’a appliqué de la même manière. Cela donne toutefois la perspective des attentes institutionnelles.
Y a-t-il des copies d’examens d’élèves conservées au niveau cantonal?
Oui, on a des collections d’examens, bien sûr chronologiquement incomplètes, mais qui donnent une image de l’école à chaque époque.
Est-ce qu’un public curieux s’intéresse tout particulièrement aux archives scolaires?
C’est un domaine qui suscite un certain intérêt, comme en témoignent les demandes que nous recevons, ce qui est certainement à mettre en lien avec la formation des enseignants. Les questions posées portent principalement sur les moyens d’enseignement. Certaines personnes semblent surprises par la quantité de matériel conservé dans nos archives, tandis que d’autres sont étonnées de constater que nous n'avons hélas pas tout pu garder.
Propos recueillis par Nadia Revaz

DÉTOUR PAR QUELQUES TRACES
La grande Enquête scolaire de 1825-1826
Cette grande enquête de 1825-1826, sorte de cartographie de l’école primaire en Valais, a été menée auprès des communes. Voici quelques-unes des questions posées:
La Commune a-t-elle un Régent?
Quelles sont les connaissances que l’on exige pour le choix de ce Régent?
Tient-on la classe pour les garçons et les filles ensemble, ou bien chaque sexe reçoit-il un enseignement séparé?
Quel est à peu près le nombre d’élèves que chaque Régent a en hiver, et de combien ce nombre diminue-t-il pendant la bonne saison?
Combien d’heures par jour le Régent donne-t-il à l’instruction de ses élèves?
Quels sont les livres élémentaires dont on se sert pour apprendre à lire?
A-t-on le soin d’y faire faire les prières avant et après les cours?
Quels moyens l’instituteur prend-il pour former le cœur des jeunes gens à la vertu?
Encourage-t-on les élèves par des distributions de prix?
Dans L’enfant en Valais 1815-2015, paru dans les Annales valaisannes de 2016, tout un chapitre aborde cette enquête.

Un examen d’émancipation datant de 1910
L’examen d’émancipation de 1910 consistait en une composition («Pourquoi je désire réussir à l’examen d’anticipation» ou «Annoncer à un ami la nouvelle d’un malheur survenu dans la famille») et une épreuve de calcul.
Un formulaire d’inspection datant de 1921-1922
Le formulaire d’inspection scolaire, ici dans sa version de 1921-1922, contenait toute une série de catégories rassemblant des informations par classe: nombre de visites de la commission scolaire, évaluation du personnel enseignant, âge et origine des élèves, moyennes globales dans les différentes branches d’enseignement (catéchisme, lecture, écriture, calcul mental, chant-dessin-gymnastique, arboriculture-arpentage…), durée annuelle de l’école, état des bâtiments et du matériel scolaire, absences, dont celles non autorisées, etc.

Un plan d’école datant de 1945
Ce plan de l’école de Borzuat à Sierre, actuellement en rénovation, est signé des architectes M. & D. Burgener et date du 1er décembre 1945.

Les bâtiments scolaires en 1945
En 1945, toutes les communes avaient été invitées à envoyer au Département des photos de leurs bâtiments scolaires. Celles-ci ont été regroupées dans un album (écoles de Champéry, Martigny-Combe, Montana-village, Salvan, Venthône, Vernayaz, etc.). On y voit des maisons bourgeoisiales, mais aussi les premiers bâtiments «modernes».
