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Regarder le passé du français pour envisager (plus sereinement?) son futur

A la faveur de différents évènements, ressurgit régulièrement le discours chagrin déplorant l’appauvrissement du lexique ou le niveau de maîtrise d’orthographe… (celui-ci n’est pas sans avoir varié dans le temps: voyons ainsi l’ortographe de Molière). Et du même coup, le corps enseignant ne manque pas d’être confronté à d’alarmants discours médiatiques … qui ne datent pas d’hier, eux non plus.

Molière

Molière, Le Bourgeois gentilhomme, édition de 1671 (source: Gallica)

Qu’on juge plutôt:

  • «Le style et l’orthographe de certains bacheliers offrent la preuve d’une honteuse ignorance.» (1820)

  • «On est en droit de prétendre que la crise de l’orthographe s’est aggravée de telle sorte qu’elle menace dangereusement l’intégrité de la langue.» (1967)

  • «Mauvais apprentissage des langues: les élèves romands sont des cancres en orthographe» (2025) [1]

Sans tomber dans un relativisme absolu, il n’est donc pas inutile de s’emparer d’une perspective historique afin de remettre en question nos certitudes ou nos imaginaires linguistiques. Pour interroger ceux-ci – en ce qu’ils fondent notre rapport à la norme–, orienter notre regard vers le passé et vers l’histoire de la langue française constitue sans doute une perspective intéressante. C’est du moins ce à quoi nous invitent plusieurs chercheurs.[2]

La grande peur des anglicismes (depuis 1066?)

Il est compréhensible que l’on s’inquiète de l’importation massive de concepts issus du marketing ou du management, mais ce débat touche davantage aux idéologies et aux modèles culturels qu’à la langue elle-même. Comme le rappelle Bernard Cerquiglini dans La langue anglaise n'existe pas, l’anglais moderne est historiquement tissé d’apports français: près de 60 % de son lexique est d’origine romane, hérité de la conquête normande et des siècles d’anglo-français. On retrouve ainsi énormément de mots d’origine française dans des domaines aussi variés que l'administration, l'Eglise, l'économie, les sciences, l'art, les animaux… et même les insultes. Autrement dit, les échanges lexicaux entre le français et l’anglais ne sont ni nouveaux ni unilatéraux.

Autrice dès le Moyen Âge

Le même recul historique s’impose dans les débats sur la féminisation des noms de métiers: loin d’être une innovation contemporaine, elle correspond à un usage largement attesté au Moyen Âge: les archives mentionnent autrice, mairesse, ou peintresse. Comme l’a montré Éliane Viennot dans Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin!: petite histoire des résistances de la langue française, c’est surtout à partir du XVIIᵉ siècle que s’installe un processus de normalisation et de hiérarchisation grammaticale, culminant avec la codification promue par l’Académie française.

De ces deux exemples ressort une conclusion commune: le français n’est pas fragilisé par les évolutions lexicales ou morphologiques; il s’est toujours transformé au contact d’autres langues et au gré des mutations sociales.


Le mot « tennis » est un mot venu d’Angleterre où ce sport est apparu au XIXe siècle. Mais le mot et le jeu trouvent leur origine dans le jeu de paume français, très populaire en France à la Renaissance et ensuite exporté outre-Manche. C’est la forme impérative « tenez », que les joueurs utilisaient en lançant la balle au jeu de paume, qui a donné le mot anglais «tennis».


Vous abordez les questions liées à l’histoire de la langue et à son évolution dans vos enseignements ou vos recherches? Nous serions ravis de recueillir vos témoignages!

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[1] Sources: Bouix-Leeman, D., & Goosse, A. (1994). Les fautes de français existent-elles?; https://www.blick.ch/fr/suisse/romande/mauvais-apprentissage-des-langues-les-eleves-romands-sont-des-cancres-en-orthographe-id20894426.html.

[2] Outre les exemples ci-dessous, on peut citer Siouffi G. (2020), « Histoire de la langue et enseignement de la langue », Langue française, n°208 (4), p. 35-48, ainsi que le récent numéro de la revue L’Information grammaticale(2025) consacré à «Histoire de la langue et enseignement du français», n°185.

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