Romaine Schnyder2

Directrice du Centre pour le développement et la thérapie de l’enfant et de l’adolescent et adjointe au Service cantonal de la jeunesse auprès de Christian Nanchen, Romaine Schnyder livre son regard sur le rapport annuel 2020 du CDTEA présentant l’activité des domaines de la logopédie, de la psychologie, et de la psychomotricité. Comme dans d’autres secteurs, le mot-clé du CDTEA depuis le début de la pandémie a été et est encore l’adaptabilité.

 

Dans les autres cantons, ce sont aussi les besoins en logopédie qui prédominent.

 

En 2020, 5692 enfants ou jeunes ont été suivis sous l’angle thérapeutique par le CDTEA. Comment interpréter ce chiffre par rapport à celui de 2019 (5567)?

Le nombre d’enfants et d’adolescents suivis est en effet en légère augmentation depuis quelques années, tout comme celui du nombre d’interventions, mais les situations traitées par collaborateur tendent à rester stables, du fait que nous avons obtenu des EPT supplémentaires. Cette hausse des ressources nous a permis de réduire de plusieurs mois les délais sur nos listes d’attente, même si ceux-ci sont encore beaucoup trop longs dans certaines régions.

 

Quelle est la cause principale de ces listes d’attente?

Lors des départs d’un collaborateur ou d’arrêts (arrêts maladie, congés maternité), nous peinons à remplacer les logopédistes. Même lors de mises au concours pour un poste d’un ou d’une logopédiste, il nous arrive de n’avoir aucune postulation. Cette profession, avec des prises en charge variées, offre pourtant beaucoup de flexibilité et d’indépendance au sein de nos équipes interdisciplinaires.

 

Parmi les motifs de consultations, 52% des signalements se font en relation avec des troubles de la parole, du langage et de la voix, 18% en raison de problèmes à l’école ou au centre de formation, 6% pour des problèmes psychiques, etc. Ces chiffres suivent-ils la tendance suisse?

Dans les autres cantons, ce sont aussi les besoins en logopédie qui prédominent. Toutefois, il convient de préciser que dans le domaine de la psychologie il y a des professions voisines et les ergothérapeutes et les physiothérapeutes exercent dans un univers proche de celui des psychomotriciens, alors que les logopédistes sont les seuls à traiter des troubles langagiers.

 

Parmi les enfants et les jeunes pris en charge en 2020, 61% étaient des garçons et 39% des filles. Comment comprendre un tel écart?

Ce que je constate, c’est que depuis 2011 ces pourcentages sont constants. Cet écart s’explique assurément de manière multifactorielle. On peut émettre l’hypothèse que les garçons ont davantage des troubles du comportement apparent, alors que la souffrance des filles s’exprime plus souvent de manière moins visible.

 

Suite à la période de semi-confinement, avez-vous pu tirer parti de certains changements ayant été imposés?

Forcés à travailler principalement depuis leur domicile au printemps 2020, tous les collaborateurs du CDTEA ont désormais des outils numériques qui leur permettent d’utiliser le mode «à distance», surtout en cas d’éloignement géographique ou d’horaires difficiles à concilier. Nous avons aussi découvert que certaines séances en réseau, réunissant de multiples partenaires, fonctionnaient très bien à distance.

 

Quel est l’avancement de l’introduction du concept cantonal de pédagogie spécialisée?

Avec Guy Dayer, chef de l’Office de l’enseignement spécialisé (OES) du Service de l’enseignement, et Fabienne Clavien, cheffe de l’Office éducatif itinérant (OEI), nous avons mis en œuvre l’essentiel du concept approuvé par le Conseil d’Etat en 2014, avec la procédure du guichet unique et les séances de coordination. La création du Centre de compétences en surdité représente également une avancée majeure. A noter encore que grâce à la mise sur pied de la commission de conciliation présidée par Guy Dayer et intégrant des personnes internes et externes à l’Etat, le dialogue en cas de désaccord au niveau de la procédure d’évaluation standardisée (PES) est désormais facilité. Une enquête de satisfaction du concept de pédagogie spécialisée est en cours auprès des parents et pour l’heure les premiers retours positifs vont au-delà de nos espérances. Les résultats complets seront connus à l’été 2022, et à partir de là nous aurons des pistes concrètes pour apporter des améliorations. Dans l’intervalle, nous allons mettre en ligne une vidéo pour aider les parents à mieux comprendre les rouages de ce concept.

 

Où en est le dossier du groupe de travail sur l’autisme?

Avec tous les partenaires, les solutions proposées dans ce concept piloté par le médecin cantonal me semblent vraiment améliorer la situation des personnes concernées par l’autisme, avec des prestations à la valaisanne, c’est-à-dire de proximité. Le concept sera adapté en fonction des demandes du nouveau Conseil d’Etat.

 

Le CDTEA est-il impliqué dans le projet lié à la lutte contre le harcèlement entre pairs?

Oui, et l’important travail mené par la HEP-VS et par le groupe de travail du DEF nous apporte un éclairage intéressant sur une problématique dont le CDTEA ne peut hélas que confirmer l’ampleur. Pour lutter plus efficacement contre le harcèlement entre pairs, nous devons penser un modèle collaboratif pour la prévention et l’intervention précoce.

 

Le projet L’éducation donne de la force continue-t-il à se déployer en Valais?

Fin 2021, la campagne s’arrêtera, mais depuis son lancement, de nombreuses activités ont été mises en œuvre. Mettre nos forces ensemble pour faire de la prévention était une idée formidable, mais tout en poursuivant certaines réflexions, nous avons développé de nouveaux projets, dont les interventions dans les médias.

 

Au CDTEA s’inquiète-t-on des effets de la pandémie sur les enfants et les jeunes?

Même si, contrairement aux services pédopsychiatriques ou à l’Office pour la protection de l’enfant (OPE), nous n’avons pas vu une explosion des cas, nous observons une fragilité plus grande ayant tout de même engendré une relative hausse des demandes depuis janvier 2021. De manière globale, je suis néanmoins frappée par la résistance et la résilience des familles valaisannes et je suppose que le fait d’avoir fermé les écoles uniquement de mars à mai 2020 a considérablement amorti le choc, probablement de toute façon moins impactant dans nos régions en pleine nature que dans les grandes villes.

 

Quels sont vos défis pour l’avenir?

En premier lieu, il s’agit de consolider les nombreux changements introduits ces dernières années et de pouvoir être plus réactifs. Je souhaiterais qu’après la séance de coordination, les familles n’aient pas à attendre plus de 15 jours pour un premier contact avec le CDTEA, ce qui engendrerait un effet positif sur l’ensemble du système. Par ailleurs, même si nous avons déjà 6 centres et 64 antennes, la marche vers plus de décentralisation pourrait se poursuivre.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

Rapport annuel du CDTEA


 

SCJ L histoire placement familial

Livre sur l’histoire du placement familial

Trois psychologues engagées dans l’action sociale et éducative en Valais proposent un livre qui se nourrit d’une observation patiente, bienveillante, documentée et engagée. L’ouvrage élabore des instruments de compréhension et suggère des moyens d’action porteurs de solutions orientées vers le «mieux-être» des enfants placés et de leur entourage.

Laetitia Ludy, Caroline Maytain et Ariane Salamin (2020). Une histoire du placement familial. Lausanne: SocialInfo.


 

Podcasts sur le site du SCJ

Sur le site du Service cantonal de la jeunesse, vous pouvez retrouver les podcasts des émissions radio diffusées de novembre 2020 à juin 2021 sur Rhône FM. Ces capsules mises en œuvre par le CDTEA présentent le cadre familial, social et scolaire des enfants et des jeunes, ainsi que les solutions existantes aux difficultés éprouvées dans ces différents domaines.


 

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