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 Trois essais grand public sur le monde de l’éducation, ses promesses, ses bouleversements avec des exemples concrets pour offrir les meilleures chances de réussite

 

Il faut avoir l’audace d’oser le changement progressivement. - Ugo Cavenaghi

Avec le tout à distance, de nouvelles questions se sont posées. - Isabelle Senécal

Dans le cadre de cette rubrique visant à livrer des suggestions pour repenser l’école, nous avons notamment interviewé Alain Bouvier, ancien recteur d’académie et actuel rédacteur en chef de la Revue internationale d’éducation de Sèvres, qui poursuit ses chroniques de la pandémie, Sylvain Connac, spécialiste français de la pédagogie coopérative et co-auteur d’un ouvrage intitulé Construire ensemble l’école d’après , Bruno Humbeeck, psychopédagogue belge, à propos de son livre intitulé Les leçons de la pandémie , et rassemblé quelques pistes proposées par des acteurs de terrain  . Ce mois, nous poursuivons notre tour d’horizon, en questionnant les auteurs d’Osons l’école d’après: apprendre de la crise pour innover en éducation (Editions Château d’encre, 2020)1.

Ugo Cavenaghi, président-directeur général du Collège Sainte-Anne au Québec, et Isabelle Senécal, directrice de l’innovation pédagogique pour les trois ordres d’enseignement, évoquent leur expérience des journées d’enseignement à distance dans une école privée depuis longtemps ouverte aux technologies numériques, en invitant à une réflexion globale sur l’école de demain.

Ugo Cavenaghi c Charles Briand   Isabelle Senecal c Mathieu Deshayes

Ugo Cavenaghi © Charles Briand - Isabelle Senécal © Mathieu Deshayes


 

Pourquoi avoir écrit cet essai intitulé Osons l’école d’après dès avril 2020, donc peu de temps après la fermeture des écoles chez vous et chez nous?

Ugo Cavenaghi: Ce bref essai fait suite à celui déjà co-écrit avec Isabelle dans lequel nous avions essayé de regarder ce qui ne fonctionnait pas dans l’école, en parlant de nos expériences au Collège Sainte-Anne au niveau primaire, secondaire et collégial, dont l’intégration du numérique et de la culture techno-pédagogique. La pandémie n’ayant fait qu’exacerber des problématiques que nous avions déjà identifiées et auxquelles nous tentons d’apporter des solutions depuis plusieurs années, nous avons décidé de livrer une réflexion concrète et pratique à partir de cette crise.

 

Suite au passage brusque à un enseignement 100% à distance, avez-vous été confrontés à de nouveaux questionnements?

Ugo Cavenaghi: Dans notre école, nous proposions déjà quelques journées «carboneutre» de cours à distance, cependant, même si notre système était prêt et nos profs formés en créativité, basculer vers un enseignement tout à distance a nécessité des adaptations.

Isabelle Senécal: Alors que nous avions développé des outils technologiques pour la classe physique, nous avons constaté la nécessité de nouvelles expertises en basculant vers le tout virtuel. Les enseignants ont réalisé encore davantage combien la pédagogie magistrale ou frontale ne convenait pas à distance. Par chance, les programmes au Québec sont articulés autour des compétences et depuis plusieurs années nous expérimentons une pédagogie active prenant en compte les résultats de la recherche. Avec le tout à distance, de nouvelles questions se sont malgré tout posées autour des stratégies à privilégier pour capter l’attention des élèves malgré l’éloignement physique, rendre leurs pensées visibles, trouver un nouveau design à apporter aux cours afin qu’ils puissent interagir et collaborer ou avoir une gestion de classe inclusive. Les jeunes ont souffert du manque de relations humaines dans cette situation, étant de plus confinés.

 

Pour repenser l’école, le chantier est énorme, avec des changements à apporter au niveau de la formation des enseignants, du format des cours avec les outils technologiques, des stratégies pour motiver les élèves, du statut de l’erreur, de la place de la créativité,etc. En étant une école privée, vous expliquez bénéficier d’un leadership plus agile. L’autonomie des établissements serait-elle l’une des principales clés de l’innovation en éducation?

Ugo Cavenaghi: Oui, la structure de la direction est fondamentale. Au Québec, les écoles privées ont une plus grande liberté d’action que les écoles du secteur public, tout en étant soumises aux mêmes objectifs pédagogiques. Toutefois, avant de se lancer dans l’innovation en éducation, il est indispensable que les équipes soient convaincues que le modèle actuel de l’école est dépassé, ce qui prend du temps. Après, il faut avoir l’audace d’oser le changement progressivement, en mettant tout en œuvre pour aider les élèves à acquérir des savoirs, mais aussi à développer des compétences utiles pour leur futur, à savoir l’esprit critique, la créativité, la collaboration, la communication,etc.

Isabelle Senécal: Dans Osons l’école, nous avons décrit la démarche de transformation que nous avons expérimentée. Notre première étape a été de faire travailler un groupe d’enseignants pour élaborer une vision articulée autour de différents axes et imaginer le cours de demain. Nous avons d’abord réfléchi aux raisons pour lesquelles il fallait faire évoluer l’enseignement, en étant tournés vers l’élève, avant de concevoir des stratégies claires pour développer une pédagogie plus active intégrant la technologie. Nous avons ensuite décidé d’un plan d’action sur trois ans pour implanter le cours de demain dans toute l’école. Sachant que la formation doit être alimentée en continu et que tout le monde ne partait pas du même niveau, nous avons impliqué les profs dans cette planification, créant ainsi une énergie à l’interne propice au partage des bonnes pratiques et à la valorisation des initiatives.

 

Comment s’est déroulée la transformation technologique?

Isabelle Senécal: Nous avons compris progressivement qu’il fallait d’abord parler de pédagogie, la technologie n’étant qu’à son service. Avec le recul, je montrerais davantage aux enseignants en quoi une intégration bien pensée du numérique peut les aider à être de meilleurs professionnels, en leur permettant d’optimiser les apprentissages, en rendant l’enseignement plus efficace et en servant de levier à la motivation.

 

Quel est votre prochain défi?

Ugo Cavenaghi: Nous aimerions pouvoir offrir une part d’enseignement à distance, estimant que l’élève peut mieux apprendre certaines choses à la maison tandis que pour d’autres venir à l’école est essentiel, mais le dosage est évidemment différent pour un enfant de 7 ans ou un jeune de 17 ans. Avec notre nouvelle école secondaire physiquement construite, nous avons tout mis à plat, en ayant repensé les espaces en fonction d’un projet éducatif et non le contraire, avec des lieux d’apprentissage collaboratif, en cassant le programme en silo pour aller vers plus d’interdisciplinarité, en dessinant une autre organisation scolaire, avec du mentorat,etc. Tout est sur le papier, mais il nous reste à expérimenter cette approche totalement différente, sachant que tout ne marchera pas immédiatement comme souhaité.

Isabelle Senécal: Nos mots-clés sont le sens des apprentissages, la flexibilité au niveau du temps, des espaces et des contenus, ainsi que la différenciation.

Ugo Cavenaghi: Nous espérons qu’ensuite notre école fasse école.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

Note

Cet ouvrage fait suite à Osons l’école : des idées créatives pour ranimer notre système éducatif et Osons l’IA : préparons nos jeunes à la révolution de l’intelligence artificielle, publiés aux éditions Château d’encre, en 2017 et en 2019.


 

Pour en savoir plus

Guides conçus par le Collège Sainte-Anne: référentiel d’outils pour les profs, pupitre virtuel pour les élèves et rubrique intitulée «Chers parents».

https://innovation.sainteanne.ca

 


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