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 musique feu

De l’underground au mainstream, de l’ombre à la lumière

 

Derrière tel ou tel style musical américain, on méconnaît généralement son origine et sa revendication politique de changement sociétal.

La production des musiques populaires  américaines nous a offert de nombreux styles: blues, country, rock’n’roll, soul, folk songs, funk, etc. Mais «la musique américaine n’est pas une musique américaine» (Gayraud 2018, p. 184). En effet, la population issue de l’immigration a véhiculé des sonorités et des rythmes d’origine européenne, sud-américaine, antillaise, hawaïenne et évidemment africaine, suite à «l’importation forcée massive des populations africaines via le commerce triangulaire du XVIe au XVIIIe siècle» (Gayraud 2018, p.185). Par ailleurs, la musique américaine est, par cette même origine, vectrice de changements culturels. Elle s’inscrit le plus souvent dans des mouvements plus larges, côtoyant graphisme, danses, attitudes, lieux ou habillement dédiés. Par exemple, le disco évoque couleurs, chaussures, coupes de vêtements et de cheveux spécifiques. Pareillement, le rap n’est qu’une partie du mouvement hip-hop qui inclut notamment les graffitis, le DJing et la danse hip-hop en tant que telle. Ainsi, tout nouveau mouvement se démarque des codes culturels admis du moment: le mainstream.

Si l’on repère aisément la «patte» artistique de tel ou tel style musical américain, on méconnaît généralement son origine populaire et underground, à savoir une revendication politique de changement sociétal. Voici trois exemples:

  • A la fin des années 60, le bar Stonewall de Manhattan est le premier lieu où il est autorisé de danser avec des partenaires de même sexe: c’est là qu’émerge le disco, étroitement lié à la revendication – certes encore des hommes blancs et plutôt aisés – d’être gay (Brewster & Broughton 2017).
  • A Detroit, dont la prospérité liée à l’industrie automobile décline au début des années 80, la communauté afro-américaine invente la techno, élargissant du même coup les revendications sociales: les raves parties s’entendent comme des manifestations permettant d’abolir les barrières sociales, religieuses, sexuelles ou raciales (Pourteau 2009).
  • Parallèlement, Chicago et le Bronx voient éclore le rap qui dénonce les injustices sociales dont sont victimes les habitants des ghettos noirs (Cachin 2017).

Ces contestations, portées par la musique, se diffusent alors de bouche à oreille, par affichage sauvage et lors de rassemblements. Puis, la mondialisation aidant, les musiques de ces mouvements sont déconnectées de leur contexte sociétal initial et commercialisées, pour peu que les maisons de disques y voient matière à profit (Gayraud 2018). Hors-sol, la revendication politique attachée au mouvement d’origine perd alors le plus souvent de sa force: si certains musiciens adaptent le discours politique originel à leur réalité sociale propre – c’est notamment le cas d’une frange rap partout dans le monde – tout ou partie de ces musiques se détache progressivement de toute revendication politique et devient autonome. Ne reste alors plus qu’un style musical devenu commercial qui, à son tour, détermine le code culturel du moment: le mainstream.

Carine Tripet Lièvre, HEP-VS


 

Bibliographie:

Cachin, O. (2017). Naissance d’une nation hip-hop. 50 ans de rap made in USA. Paris: GM Editions.

Brewster, B. & Broughton, F. (2017). Last night a DJ saved my life – la saga du disc-jockey. Bègles: Casto Astral.

Gayraud, A. (2018). Dialectique de la pop. Paris: La Découverte / Cité de la musique-Philarmonie de Paris.

Pourteau, L. (2009). Techno: Voyage au cœur des nouvelles communautés festives. Paris: CNRS éditions.


 

A écouter et lire en prolongement:

Une chanson / rap liée au mouvement «Black Lives Matter»: H.E.R. I can’t breathe.

 

RFI Musique: Aux Etats-Unis, le rap redevient politique

 


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