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 Une demi-classe au retour en classe, après l’école à distance

 

Le 12 mai dernier, j’ai dialogué avec un groupe d’élèves de la demi-classe qui était en cours avec Christophe Gay-Crosier. Ces quelques jeunes de 11CO m’ont fait part de leurs impressions à propos de l’école à distance vécue pendant deux mois et de l’école en présentiel qui était leur routine et qu’ils venaient de retrouver. Qu’ont-ils appris autrement et quels avantages voient-ils à ces deux formes d’enseignement qu’ils sont les premiers à avoir expérimentées, dans ce contexte particulier lié à la crise sanitaire engendrée par le coronavirus Covid-19?

Pour commencer, le 13 mars dernier, à l’annonce de la fermeture des écoles, comment ont-ils imaginé l’école à distance annoncée jusqu’au 30 avril a minima? Le petit groupe interviewé n’a, semble-t-il, à aucun moment envisagé que ce serait une période de vacances, ayant vite compris qu’ils devraient vivre en semi-confinement. De plus, ceux qui étaient encore en recherche d’un projet pour l’année suivante ont immédiatement estimé que ce serait plus compliqué à distance, ce qui s’est vérifié.

 


Pour l’enseignant, c’est plutôt une chance de vivre une période d’apprentissage sans la pression des notes.

Une autonomie plus grande à distance

Qu’ont-ils apprécié après avoir testé pendant deux mois la continuité de l’école à la maison? «La grande différence, c’est qu’à distance on peut apprendre à notre rythme», relève l’un des élèves. Et d’ajouter: «D’un côté c’est bien, mais d’un autre on est plus vite distrait à la maison et souvent moins motivé.» Son voisin le plus proche mentionne qu’il lui a fallu se débrouiller avec la consigne telle que donnée par écrit, sans pouvoir demander immédiatement des précisions au prof. De l’avis de l’enseignant, cela rejoint son sentiment qu’à l’école obligatoire on s’occupe assurément trop des élèves, en ne leur laissant pas suffisamment d’autonomie dans les apprentissages.

 

Y avait-il aussi des aspects plus problématiques en lien avec l’enseignement à distance? «On a certainement progressé au niveau de l’utilisation de l’ordinateur, mais pas vraiment au niveau de la matière, puisque les cours étaient limités à la révision», déplore un élève. Et une autre voix de dire: «On étudie assurément mieux à l’école, car on n’apprend pas vraiment avec un ordinateur, internet et des vidéos.»

 

Etaient-ils contents de revenir en classe? Le oui est enthousiaste, comme probablement il l’était lors de la rentrée scolaire en août. Du reste, si on leur proposait un enseignement totalement ou partiellement à distance, ils n’y seraient pas favorables, à moins que ce soit à toutes petites doses. Pour reprendre les mots d’un des jeunes: «Après quelques semaines, l’école à distance, c’est ennuyeux.» Evidemment, le plus important pour eux en classe, c’est de pouvoir retrouver les copains, enfin une partie puisqu’ils sont en demi-effectifs jusqu’à une date encore inconnue. Pour le volet scolaire, les enseignants leur ont «quand même aussi manqué un petit peu». En langage ados, l’expression aux airs de litote doit vouloir signifier «bien plus qu’on ne veut bien le dire». Pour mieux apprendre, ils mettent en avant le rôle stimulant du collectif, relevant que les questions posées par les autres élèves les aident souvent dans leur compréhension de la matière.

 

Pas de notes, mais d’autres pressions

Etaient-ils inquiets de cette reprise? Non, mais ils se sont posé plein de questions. L’une des élèves dit s’être renseignée auprès de ses camarades qui avaient recommencé la veille, notamment pour en savoir plus concernant l’organisation des cours de sport. Pour eux, se retrouver en demi-classe, c’est quelque chose de vraiment bizarre. A leurs yeux, ce n’est pas un atout pour mieux apprendre même si l’un des jeunes pense qu’il faut attendre pour comparer. L’enseignant estime pour sa part que ces petits effectifs permettront très certainement de travailler plus efficacement.

 

Avec cette reprise sans notes, les élèves craignent de ne pas avoir assez de stimulation pour bien travailler et en même temps ils trouvent qu’ils ont une énorme pression sur leurs épaules, ayant peur de ne pas être à la hauteur des attentes l’année prochaine au collège, en ECCG, en apprentissage… L’une des élèves s’inquiète surtout pour certaines branches, où ses résultats étaient légèrement à la baisse au début du 2e semestre. Pour l’enseignant, c’est plutôt une chance de vivre une période d’apprentissage sans la pression des notes, et il ajoute qu’habituellement le mois de mai est dédié à la révision en vue des examens qui cette année n’auront pas lieu, donc ils pourront rattraper la matière qui n’a pas été vue. De plus, comme il le souligne, ils auront l’occasion de mesurer leur niveau de connaissance via des épreuves blanches, notamment pour découvrir l’oral de sciences. «Il est fort possible que l’apprentissage des notions essentielles qui seront abordées d’ici la fin de l’année scolaire se fasse plus vite que les autres années», relève encore l’enseignant qui considère qu’ils verront sans problème l’essentiel du programme en maths.

 

S’ils avaient le pouvoir du changement, qu’importeraient les élèves de l’école à distance en classe? Ne s’étant pas senti forcément à l’aise avec les outils numériques, ce petit groupe trouverait bien de proposer une formation pour maîtriser certaines bases techniques qui ne l’étaient pas malgré les cours d’informatique en 9CO.

 

Et plus globalement, que modifieraient-ils? En lien avec cette période particulière, ils prendraient le temps en classe d’une discussion pour démêler les vraies et fausses infos diffusées par les médias en lien avec le coronavirus. Ils précisent bien qu’il devrait s’agir, non pas d’un cours, mais d’un temps de discussion à partir des questionnements des uns et des autres, et ce à tous les degrés et peut-être dans plusieurs branches, pour avoir des explications complémentaires. Ils ont certes pu parler de leur ressenti du semi-confinement via une rédaction en cours de français, mais pour eux un échange avec les enseignants serait bienvenu. Ils peinent par ailleurs à comprendre la justesse de certaines consignes liées à l’épidémie, qu’ils jugent souvent contradictoires. «Se retrouver en demi-classe tous assis à des bancs différents, alors qu’avant d’entrer en classe et dans les transports publics on est tous entassés et sans masque, c’est quand même bizarre, non?» «Pourquoi dans certains pays les élèves de notre âge doivent-ils rester à la maison parce qu’on juge qu’ils peuvent transmettre le virus?» Leurs questionnements méritent assurément une attention particulière, surtout par ces temps où il est indispensable d’apprendre à affronter les incertitudes et la complexité.

 

Nadia Revaz


 

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