Chanson corona

Les enfants ont aussi dessiné pour illustrer la vidéo

 

Résonances vous invite à découvrir les dessous d’une chanson confinée intitulée «Corona-viré». Celle-ci a été composée et enregistrée par des élèves de 8H du centre scolaire Sacré-Cœur à Sion, avec leur enseignant de musique. A l’école, nous avons rencontré Philippe Sierro, maître principal de l’établissement scolaire, prof de musique dans les écoles de Sion et co-titulaire d’une 8H. Et à distance, nous avons interviewé Louise Darbellay et Abdel Djalil Kanan, deux des élèves impliqués dans cette aventure musicale. Ce projet concret au résultat réussi était en outre l’occasion de leur demander de comparer l’école à distance et en présentiel.


 

INTERVIEW DE PHILIPPE SIERRO

Philippe Sierro

 Philippe Sierro, en mode clavier d’ordinateur pour l’enseignement à distance le 14 mai 2020

 

Quelle est la genèse de ce projet?

N’ayant pas, comme l’année passée, de grand spectacle à gérer (n.d.l.r: l’école avait monté Le Soldat rose présenté à toutes les écoles de Sion), je projetais de motiver après Pâques les élèves de 8H avec une composition de chansons. Au début du confinement, je n’ai proposé que des activités d’écoute, mais après trois semaines d’école à la maison, j’ai décidé de demander à deux classes de 8H, dont celle dont je suis co-titulaire, de composer des phrases pour une chanson sur le thème du coronavirus Covid-19.

 

Quelles ont été les étapes de la création de la chanson?

Afin que ce soit un peu structuré, je leur ai donné trois sous-thèmes déclinés en «tu», et en «je» au présent, puis en «nous» au futur, de façon à avoir une logique pour la construction des couplets de la chanson. Je leur ai indiqué un nombre de syllabes fixes, tout en leur disant qu’il fallait laisser surgir les idées, sans se bloquer en cherchant la phrase parfaite. Ils étaient aussi libres de ne rien envoyer, sachant que pour quelques-uns l’articulation travail des enfants et télétravail des familles n’était pas simple à gérer.

 

De quelle manière avez-vous effectué le montage?

Comme le matériau était riche et varié, je n’ai eu qu’à sélectionner parmi les phrases individuelles reçues pour organiser la cohérence de la chanson. Mon enregistrement guitare-voix leur a permis de répéter la chanson. Via un protocole un peu technique, je leur ai expliqué comment s’enregistrer. Beaucoup d’élèves, pas forcément à l’aise avec la musique, ont joué le jeu, ce qui m’a permis de construire la chanson avec des bribes de chaque voix. A la maison, les enfants me voyant parfois un peu stressé, car je voulais absolument que cette chanson soit diffusée avant le retour à l’école, je les ai intégrés à la démarche, ce que je n’aurais jamais osé faire sans avoir à gérer mon activité professionnelle en confinement familial.

 

Une fois la chanson diffusée sur YouTube, comment les élèves et les parents ont-ils réagi?

Les élèves étaient impressionnés, car ils n’imaginaient pas ce résultat collectif. Je suis heureux de me dire qu’ils conserveront certainement cette chanson parmi les souvenirs positifs de l’école à distance, malgré le contexte lourd du confinement. Quant aux parents, ils m’ont envoyé plein de messages, certains ont été étonnés de découvrir la chanson alors qu’ils ne s’étaient rendu compte de rien. C’est pour moi le plus beau message de cette expérience.

 

Transposeriez-vous en classe certains éléments de cette expérience à distance ?

En classe, j’aurais hésité à diffuser la chanson, par peur de la critique, alors que la situation de confinement permettait de montrer quelque chose de réalisé avec les moyens du bord. Ce serait assurément chouette de conserver cette liberté de l’imperfection ouvrant à plus de créativité, aussi bien du côté des enseignants que de celui des élèves. En classe, j’aurais fait collaborer les élèves dans le but de créer l’émulation pour trouver les paroles, avec le risque que certains imposent leurs idées, alors que là tous ont pu participer, sans cette concurrence. De même, en chantant seul, certains élèves se sont libérés. J’ai notamment le cas d’un garçon, très timide en classe, qui m’a envoyé des enregistrements extraordinaires dans lesquels j’ai découvert sa jolie voix sur des mises en scène très originales, alors qu’en classe il aurait chanté presque faux pour ne pas se mettre en avant et se sentir appartenir au groupe.

 

En dehors de ce projet particulier, comment avez-vous perçu l’enseignement à distance?

Une fois confinés chacun chez soi, il fallait que nous puissions garder un lien avec nos élèves et leurs familles. Avec mon collègue Pierre Nicollier, nous l’avons fait en partant des outils dont les élèves disposaient à la maison, en proposant d’abord des petites vidéos. Par la suite, nous avons créé des accès à une plateforme de travail en équipe et avons pris le temps d’une formation progressive sur une semaine. Au départ, j’étais plus avancé que mon collègue, mais il s’y est mis à 200%. Dès le début, comme toutes les familles avaient accès à un téléphone portable, nous voulions que nos devoirs en ligne puissent se faire par ce biais. La vidéoconférence est vite devenue un rituel quotidien, transformée en duplex avec la reprise en demi-effectif, de façon à garder un lien d’équipe.

 

Quel regard portez-vous sur cette période semi-confinée?

J’ai trouvé que cette phase exigeant beaucoup d’improvisation était passionnante, même si très chronophage. La proximité avec les familles est certainement quelque chose à repenser dès l’année scolaire prochaine pour conserver ce lien différent.

 

Propos recueillis par Nadia Revaz


 

Témoignage de Louise Darbellay

 

A propos de la chanson à distance

Ecrire notre chanson, c’était très motivant. Nous étions tous très contents de savoir qu’elle serait sur YouTube et nous nous sommes encore plus concentrés pour trouver les bonnes phrases.

Je trouve plus facile de chanter en classe, car on peut mieux se corriger. A distance, on s’enregistre et quand on se réécoute, on ne sait jamais ce qu’on doit modifier. Par contre, c’était quand même bien de faire cela à distance, parce que c’était nouveau.

 

A propos de l’enseignement à distance en général et du lien avec les devoirs à domicile

A distance, j’ai dû m’organiser toute seule, car les profs n’étaient pas là pour m’aider. J’ai aussi appris à travailler avec un ordinateur et c’est important. Comme j’ai gagné en autonomie avec l’école à la maison, cela devrait m’aider pour les devoirs à domicile.


 

Témoignage de Louise Darbellay

 

A propos de la chanson à distance

C’était très motivant d’écrire nous-mêmes une chanson, parce que c’est la première fois qu’on le faisait.

Le faire à distance nous a permis de découvrir que l’on n’avait pas besoin d’être tous ensemble en classe pour faire une chanson de groupe.

 

A propos de l’enseignement à distance en général et du lien avec les devoirs à domicile

En classe, si on pose une question, le prof nous répond directement, alors qu’à distance, l’interaction n’est pas immédiate. J’ai dû apprendre à faire les autres devoirs en attendant. A distance, ce n’est pas que ce n’est pas bien, mais c’est quand même mieux d’être en classe.

L’école à distance et les devoirs à domicile, c’est un peu la même chose. Comme j’ai appris à décider de mon organisation du travail, je serai certainement plus rapide pour faire mes devoirs.


 


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