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Anne-Claire Frank, Romain Favre, Pierre Hugo et Sarah Pot donnent un aperçu varié de leur école à distance au primaire à Sion. Trois parents et un élève complètent l’éclairage.


 

CP Anne Claire Frank

Anne-Claire Frank

Enseignante dans le cadre de la structure de langage pour les 3-4H à Sion

 

 Pour les parents avec plusieurs enfants, c’est vite compliqué à organiser.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

En accord avec les titulaires, avec ma collègue nous avons attendu un peu avant d’écrire aux enfants ayant besoin d’un bain langagier pour prendre de leurs nouvelles et dire aux parents qu’ils pouvaient nous contacter. Le but est d’apporter une aide dans certaines activités de communication ou pour séquencer les apprentissages. En général, j’utilise des solutions vidéo via l’ordinateur pour mes interventions, et il ne s’agit pas de faire un cours, mais de proposer d’apprendre en jouant avec le langage oral.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Je pensais que certains n’arriveraient pas à gérer le travail scolaire à la maison, mais ils en font presque trop. Pour les parents avec plusieurs enfants, c’est vite compliqué à organiser, d’autant qu’ils ne sont pas tous sur un pied d’égalité au niveau de l’équipement numérique. Et pour les enfants, c’est frustrant de ne plus avoir le droit d’aller voir les copains, aussi il faut dédramatiser. Quant à ceux qui viennent à la permanence scolaire, ils ont l’impression que l’école à la maison c’est tellement mieux. La situation n’est facile pour personne, mais j’ai l’impression que nous essayons tous de faire au mieux, en papillonnant et en faisant preuve de créativité. Ce qui me semble intéressant, c’est que les parents comprennent mieux le rôle des personnes-ressources, différent de celui de l’enseignant ordinaire qui travaille avec toute la classe.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

J’ai pu constater que certains parents n’avaient aucune idée des objectifs attendus pour leurs enfants en 3H ou 4H et peut-être que l’école devrait améliorer sa communication avec les familles. Je suis convaincue que cette expérience pourrait être positive pour l’école et c’est aussi une occasion de remettre individuellement son enseignement en question.


 

CP Romain Favre

Romain Favre

Enseignant de soutien pour élèves allophones à Sion

 

Via cette expérience, je trouve intéressant de prioriser l’auditif.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

Au niveau des enseignants de soutien, nous n’avons pas de pratique uniforme, mais nous cherchons des solutions simples, démocratiques et individualisées. Pour ma part, je travaille beaucoup avec les enfants par documents interposés, via l’audio, et en ne basculant que ponctuellement en mode caméra. J’ai priorisé les besoins des élèves et je mets l’accent sur des activités de lecture technique et le lexique pour l’accès au sens du texte. Les parents peuvent compléter avec des histoires à écouter, par exemple sur RTS kids ou eBooKids.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Cette situation inédite met encore plus en lumière la corrélation entre niveau socio-économique des parents et réussite scolaires de leurs enfants. Ce qui m’enthousiasme, c’est que certains élèves voient cette période de révision comme une chance pour combler leurs lacunes. D’autres ont malheureusement de la peine à se responsabiliser et là nous sommes très limités dans nos interventions.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

Via cette expérience, je trouve enrichissant de prioriser l’auditif, car cela force les élèves à faire de la correspondance entre les sons à l’oral et l’écrit. Dans notre société, il y a une sur-stimulation visuelle via les écrans, ce qui ne permet pas de développer suffisamment certaines stratégies auditives permettant la construction de l’image mentale des mots. Quant au focus mis sur les inégalités, ne devrait-il pas nous interroger sur la pratique actuelle des tâches à domicile?


 

CP Pierre Hugo

Pierre Hugo

Enseignant de 5H de la filière bilingue à Sion

 

 

Heureusement que l’on a le numérique face à une telle situation.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

Mes élèves allaient déjà sur le site de la classe et comme je travaille régulièrement avec LearningApps, qui permet de réaliser des modules en ligne, cela a quelque peu simplifié la mise en place de la continuité pédagogique à la maison. Ayant deux classes pour la partie francophone en enseignement bilingue, j’accompagne 43 élèves, en leur distribuant le travail la veille pour le lendemain.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Dans l’ensemble, je suis étonné de l’implication des élèves et des familles. Les activités en ligne étant autocorrectives, cela permet aux élèves de se gérer seuls ou presque.  Afin d’apporter un peu de nouveauté, je me suis amusé à faire un petit film qui a semble-t-il bien passé. Tout est possible en ligne, en faisant preuve de créativité, en y ajoutant une petite part de ludique et en prenant le temps pour cibler les objectifs. Afin d’avoir un retour global, j’ai effectué un sondage et je me suis aperçu que les enfants travaillaient en moyenne entre 1h30 et 2h30 par jour pour l’école, ce qui me semble tout à fait raisonnable. Les commentaires des parents sont très positifs, toutefois par moments, j’ai l’impression de perdre un peu pied avec certains élèves, car je ne les ai pas en face de moi pour mesurer leurs réels progrès, ce qui démontre l’importance du présentiel.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

Heureusement que l’on a le numérique face à une telle situation, car autrement cette continuité serait encore plus compliquée. J’étais déjà convaincu de l’apport de la technologie dans mon enseignement, mais je crois que j’irais encore un peu plus loin. Concernant la communication, j’avais peur de l’intrusion des parents si j’intégrais un groupe de discussion et là je m’aperçois que tout se passe bien, donc peut-être que je poursuivrais l’expérience.


 

CP Sarah Pot

Sarah Pot

Enseignante en 3H à Sion (école de Platta)

Je pense que cette expérience modifiera durablement les relations avec les parents.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

Lorsque les parents sont venus à l’école chercher les affaires des élèves, j’ai pu leur transmettre un classeur avec des dossiers sur les sons et la numération déjà travaillés en classe et des activités diverses pour les premiers jours. Désormais, chaque semaine, je leur fais parvenir un plan de propositions d’activités par mail ou en version papier pour ceux qui n’ont pas d’ordinateur et d’imprimante à la maison. Comme mes élèves sont petits, je n’utilise pas la plateforme @home, mais je reste en contact via une application de téléphone gratuite. Afin de les éloigner un peu des écrans, j’ai seulement indiqué deux sites pour écouter des histoires (Une histoire chaque jour et Taleming).

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Paradoxalement, je trouve que ce contexte particulier, tout en étant déstabilisant et peut-être effrayant pour certains enfants, apporte plein de choses positives à nous enseignants, surtout au niveau de la relation avec les parents. J’ai l’impression de pouvoir différencier les apprentissages, grâce à la collaboration avec la maîtresse de soutien de français. Certains enfants, pour qui j’imaginais qu’apprendre à distance serait difficile, s’en sortent plutôt bien, grâce à l’aide des parents ou des frères et sœurs.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

C’est encore difficile à dire, mais je pense que cette expérience modifiera durablement les relations avec les parents, et pour le meilleur je l’espère. Nous devrions être davantage à l’écoute les uns des autres.


 

Témoignage de parents

 

Pierrick Jaunatre, papa de trois enfants, dont un en classe chez Sarah Pot

«Je trouve que les activités scolaires à distance se sont vite mises en place et que cela fonctionne plutôt bien au vu des circonstances. Les enseignants de mes enfants s’impliquent et assurent un suivi de qualité, mais il faut dire que le lien avec eux était déjà bon avant. Mes enfants savent qu’ils devront tout faire ce qui est demandé, mais c’est à eux de gérer. Comme pour les devoirs à domicile, ils ont juste besoin de notre présence en cas de questions. Le plus dur, c’est de maintenir la concentration des enfants pour qu’ils fassent les activités, car pour eux ils sont à la maison et pas à l’école. Dès que les enseignants leur envoient un message audio ou vidéo pour les encourager, ils retrouvent la motivation. Entre le cycle d’activités du matin et celui de l’après-midi, nous faisons en famille des jeux, des bricolages ou des recettes de cuisine.

Cette crise entraînera certainement des changements à tous les niveaux, dont celui de l’école qui ira assurément vers plus de numérique. Pour l’année scolaire prochaine, j’espère que les élèves n’auront pas trop à rattraper.»

 

Muriel Eschmann Richon, maman de trois enfants, dont une en classe chez Sarah Pot

«Avec mon mari, nous sommes tous les deux à temps partiel, aussi cette continuité pédagogique n’a pas été trop compliquée à mettre en place. Pour ma fille en 3H, l’enseignante propose des activités à faire, en ajoutant d’autres qui sont facultatives. Nous organisons une plage pour le travail demandé le matin et l’après-midi et mes deux enfants, scolarisés en 1H et en 3H, jouent le jeu, même si les interactions sociales de l’école leur manquent. A côté de ces activités qui ont surtout le mérite de les occuper, nous complétons avec d’autres, plus ludiques, pour qu’ils aient aussi la dimension moins technique de l’école. Ce qui est délicat pour nous parents, sans expérience de l’enseignement, c’est de choisir parmi tout ce que l’on trouve comme idées “pédagogiques” en ligne.

Lors de la réouverture des classes, je rêverais d’une école qui ait un canevas moins rigide. A partir de l’expérience que nous vivons actuellement, dans ce périmètre qui touche les familles, je me demande si ce ne serait pas l’occasion de se questionner sur les devoirs à domicile qui, à mon sens, creusent les inégalités.»

 

Raphaëlle Marty, maman de Clément qui est en 5H chez Pierre Hugo

«Les enfants de la classe de mon fils ont la chance d’avoir été familiarisés à l’ordinateur, notamment avec la préparation des dictées à la maison. Là, la plateforme s’est étoffée et il y a toujours deux options, à savoir en ligne ou par écrit. Pour les cours en allemand, cela se passe aussi très bien, mais comme les activités sont envoyées par mail, on essaie d’ajouter un petit côté ludique. Chaque jour, j’aide Clément à ouvrir le programme et après il fait les activités de manière autonome. A côté de cela, il a le droit à 1h de jeux vidéo et à 1h de télévision par jour, de façon à limiter le temps passé devant les écrans. Malgré l’implication des enseignants, tout n’est pas facile, car nous n’avons pas leur savoir-faire et leur naturelle autorité en contexte scolaire, aussi nous sommes souvent dans la négociation avec Clément. Tout en décrivant mon vécu de l’école à la maison, je suis consciente d’être une privilégiée, toutefois nous serons très contents le jour de la réouverture des écoles.

Comme la société, l’école, après cette pandémie, évoluera, avec certainement des valeurs un peu différentes.»

 

Clément, élève dans la classe de 5H de Pierre Hugo

«Apprendre à la maison, j’aime bien parce que c’est varié. C’est vrai que l’école et les copains me manquent beaucoup, parfois je les appelle, mais je vois seulement un ami de ma classe et son frère. Les activités, je pourrais les faire tout seul à l’ordinateur, mais ma maman insiste pour être là. Depuis le début de la 5H, je fais certains devoirs sur l’ordinateur et j’aime bien travailler comme cela.»


 

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