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Ce mois, au vu de la situation particulière, avec la fermeture des écoles, il s’agissait d’en savoir un peu plus sur la manière dont l’école à distance se déroulait. Dans ce numéro, vous trouverez donc différents témoignages d’enseignants, de parents et d’élèves relatant la diversité des pratiques et des réflexions. Pour ce petit voyage virtuel, je vous propose de commencer par découvrir cette nouvelle réalité dans quelques classes du district de Saint-Maurice, réparties du cycle 1 à l’EPP (cf. pp. pour les écoles primaires à Sion et cf. p.? pour le CO de Vouvry).


 

CP Alexandra Donnet Monay

Alexandra Donnet-Monay

Enseignante en 3-4H à Vérossaz

 

 Mon objectif, c’est que les enfants soient rassurés et puissent avancer de manière la plus autonome possible.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

J’ai opté pour le support papier. Si j’avais eu une classe avec des élèves plus grands, j’aurais certainement utilisé des plateformes en ligne, et je perçois un peu la différence, étant donné qu’avec les 5H et les 8H à qui je donne des cours d’allemand et d’anglais je communique par mail. Pour ma classe de 3-4H, je prépare un dossier dans lequel les activités sont classées par jour. J’essaie d’ajuster la quantité de travail, de façon à ne pas accabler parents et enfants avec l’école à la maison. La communication avec les familles se fait par téléphone, via une liste de diffusion et par messages vocaux ou par des vidéos que j’adresse à mes élèves.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

J’ai l’impression de découvrir en partie un nouveau métier, toutefois cette situation est paradoxalement stimulante, car elle me force à proposer des activités simples, qui conviennent aussi aux élèves en difficulté, même si cela demande du temps et de la créativité pour trouver les idées. Mon objectif, c’est que les enfants soient rassurés et puissent avancer de manière la plus autonome possible. Certains élèves, parfois peu scolaires, trouvent que l’école à la maison c’est trop cool et adorent les activités proposées à distance, ce qui m’inquiète un peu pour la suite, ayant par ailleurs la crainte qu’ils ne me voient plus tout à fait comme la maîtresse. Le relationnel en direct avec mes élèves me manque énormément et je suis toute contente dès qu’ils m’envoient un message.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

Je pense que je changerais des choses dans mon enseignement, en misant davantage sur la simplicité et la créativité, et j’espère que je modifierais aussi mon organisation de travail. A mon sens, l’école à distance a tendance à creuser les écarts entre les élèves et il nous faudra, dès le retour en classe, les accompagner au mieux pour limiter les inégalités.


 

CP Gary Jacquier

Gary Jacquier

Enseignant, adjoint à la Direction et responsable informatique au CO de la Tuilerie à Saint-Maurice

 

Mon objectif, c’est que les enfants soient rassurés et puissent avancer de manière la plus autonome possible.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

Au CO de Saint-Maurice, nous avions déjà une plateforme pour la continuité au quotidien. Toutefois, comme elle était déjà bien remplie, j’ai préféré en créer une nouvelle, pensée pour cette situation particulière, de façon à offrir un système global et surtout bien balisé pour la transmission et la réception du travail. A côté de cela, l’accent a été mis sur le suivi des élèves, en proposant une option de QCM en ligne, avec l’ajout facile d’images. La Direction a transmis un document expliquant aux parents que les échanges avec les élèves et le travail à réaliser se ferait sur la plateforme. Les enseignants, ainsi que les titulaires, contactent les parents des élèves qui ne semblent pas être en ordre avec leur travail et s’assurent du bon fonctionnement de la plateforme à la maison. Même si nous évitons de manière générale les documents à imprimer, pour une petite minorité, il a fallu contourner le numérique, avec les travaux, à faire et faits, expédiés par La Poste.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Les enseignants apprécient la simplicité de la plateforme qui ne nécessite pas de grandes connaissances informatiques. Aspect réjouissant, le nombre de messages échangés entre élèves et enseignants est élevé. La direction insiste sur le fait que c’est une période particulière et qu’il ne faut pas donner trop de travail aux élèves, car parents et enfants ont dû, surtout au début, s’adapter à de nombreux changements dans leur vie.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

En tant qu’enseignant d’informatique, je constate que, contrairement à ce qui est supposé, certaines compétences numériques, absentes du programme, ne sont pas acquises par tous les élèves. En classe, nous devrions prendre un peu de temps pour aborder «l’organisation numérique», comme savoir se connecter à un compte. Et à mon sens, il serait judicieux d’avoir une liste officielle des outils de communication numérique utilisables parmi ceux utilisés par les élèves, car autrement il sera toujours difficile de communiquer avec eux.


 

CP Marylaure Jordan

Marylaure Jordan

Titulaire en EPP (école préprofessionnelle) à Saint-Maurice

 

 

L’engagement de la très grande majorité des élèves en EPP m’impressionne.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

A l’EPP, tous les élèves ont depuis le début de l’année scolaire leur mail avec leur adresse «scolaire professionnelle», ce qui a facilité la communication. Selon les consignes de notre directeur, nous envoyons le travail hebdomadaire entre le dimanche soir et le lundi matin et l’école leur a prévu 4h de travail par jour. Sachant qu’ils ont souvent de la difficulté dans l’organisation des tâches, avec les autres titulaires, nous leur avons établi un planning. Le lundi, ils font par exemple 1h de français, 1h de bureautique, 1h d’histoire des religions et 1h de médias. En EPP, les élèves ont des projets à mener de A à Z, ce qui implique de l’interdisciplinarité et de la collaboration. A la maison, les projets ont été maintenus, avec des contours évidemment adaptés.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

Je ne demande pas à mes élèves de renvoyer tous les travaux, mais chaque semaine je vérifie le suivi dans 2 ou 3 classes et ça se passe bien. Certains jeunes m’ont dit que le planning proposé pour les guider les aidait beaucoup. L’engagement de la très grande majorité des élèves en EPP m’impressionne. Dès qu’ils ont un petit souci, ils m’appellent volontiers. L’un d’eux, alors qu’il montrait assez peu d’intérêt en classe, est très réactif et semble profiter de ce moment pour se mettre à jour. Concernant leur projet professionnel, j’essaie de les coacher tant bien que mal à distance. Même si la plupart ont déjà une solution scolaire ou une place d’apprentissage, je m’inquiète pour les autres, à cause de la problématique des notes et de l’incertitude qui touche les entreprises.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

Certaines personnes disent que l’enseignement se fera plus à distance et personnellement je n’y suis pas favorable. Avoir la classe en face de soi, c’est tellement plus riche. Je trouve l’enseignement en EPP, articulé autour de projets et basé sur la confiance, tellement idéal et dynamique que je ne verrais pas ce qu’il faudrait changer.


 

CP Sandrine Pochon

Sandrine Pochon

Enseignante en 6H à St-Maurice

Les enfants ont tant besoin de nos encouragements et de notre validation que j’ai parfois peur qu’ils se croient abandonnés.

 

Comment gérez-vous la continuité pédagogique?

Enseignant en duo avec Elodie Pellissier, nous travaillons en étroite collaboration. Une de nos collègues du même degré a émis l’idée d’envoyer un document-bilan, aussi nous avons un retour chaque fin de semaine, avec une autoévaluation des élèves, qui est à discuter avec les parents.

 

Comment percevez-vous cette école à distance?

En plus des bilans, nous avons vite ressenti le besoin d’appeler nos élèves et leurs parents, afin de nous assurer que notre manière de procéder convenait et que nos consignes étaient suffisamment claires. J’ai l’impression que cette situation permet aux élèves moyens ou ayant de légères difficultés d’asseoir leurs acquis et de gagner en autonomie. Par contre, certains très bons élèves peuvent vite s’ennuyer, et ceux qui ont beaucoup de peine se sentir totalement perdus, surtout si les parents, malgré leur bonne volonté, n’ont pas le temps et/ou les compétences pour un accompagnement dans notre langue. Avec ces élèves-là, nous essayons de les motiver à distance, mais ce n’est pas simple. En classe, les cours sont avant tout interaction et les enfants ont tant besoin de nos encouragements et de notre validation que j’ai parfois peur qu’ils se croient abandonnés. Parmi les pistes pour les divertir, je leur ai fait planter des graines et ils doivent noter leurs observations.

 

L’école devrait-elle intégrer certains enseignements de cette période particulière?

La situation actuelle est moralement difficile à vivre et quand j’entends dire qu’après il nous faudra aller vers une école davantage numérique, je suis inquiète, car pour moi ce serait une erreur. L’école, c’est avant tout une relation humaine et, en me référant à cette expérience d’école à la maison, je retiendrais ce lien renforcé avec les parents. Pour ma part, j’aimerais conserver cette nouvelle complicité. Peut-être pourrait-on faire une journée spéciale avec les parents, pour dès la rentrée former une équipe?


 

CP Mara

Mara Tavares

Elève dans la classe d’EPP de Marylaure Jordan

 

Témoignage d’une élève

«Même si parfois c’est compliqué de se lever le matin, c’est vraiment mieux de faire “l’école à l’école” que d’apprendre à distance. Les premiers jours, ça allait, mais au fil du temps, j’ai, et c’est aussi le cas de mes camarades, moins de motivation pour être régulière dans ce que je dois faire. Heureusement, on sait que l’on peut compter sur les enseignants, car ils sont très disponibles et à notre écoute. Sans eux, ce serait vraiment compliqué. En allant à l’école, on va sur notre lieu de travail, alors que là on est à la maison, et même si on veut se concentrer, on a trop de distractions. A l’école, on a beaucoup plus d’interactions sociales, ce qui donne de la motivation. Les projets ont aussi dû être modifiés avec les moyens du bord et ils sont un peu moins intéressants à mener. Au niveau du projet professionnel, j’ai la chance d’avoir déjà une solution, donc pas de souci à me faire de ce côté-là.

J’ai été vraiment très surprise de voir que les écoles n’avaient pas prévu une situation impliquant une fermeture des classes, aussi je pense qu’elles devraient anticiper en imaginant comment gérer cela, car là c’était un peu chaotique au moment de l’annonce.»


 

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